Extorsion. James Ellroy.

UnknownC’est l’histoire d’un voyou qui, pour échapper au Purgatoire où il est torturé par ses anciennes victimes, fait appel à James Ellroy pour rédiger ses mémoires, condition essentielle pour monter au Paradis accompagné d’anges magnifiques.

Narration du voyou sur cette céleste histoire,

Voix off.

Ex-poulet véreux, ex-détective, ex-maître chanteur, ex-maquereau, le Bon Dieu t’envoie au Purgatoire, because ta dévotion à la Sainte Verge.

T’as perdu ta licence de détective privé pour avoir dopé un canasson sur un champ de courses.

T’as toujours été un voyeur.

T’as toujours observé les gens.

T’as toujours voulu découvrir leurs petits secrets

Quand t’as rencontré Joyce, elle t’a branché sur Ava Gardner en rupture de Sinatra  » pour un bronzé qui bande bien  » . C’est comme ça que tu as commencé à utiliser Hollywood et tu es vite devenu le correspondant du journal à scandales Confidentiel, spécialisé dans la révélation des secrets des célébrités de Los Angeles.

Joyce connaissait tout Hollywood : bordeliers, boniches, pouffes, dealers de dope, pétasses dans le pétrin.

Pour faire vivre Joyce tu as même braqué des bouclards de bookmaker, vendu des flingues, des drogues, facilité des avortements, organisé des rencontres pour bourgeoises chaudasses en mal de coïts clandestins avec des étalons pornographes aux prestations tarifées, facilité des divorces comme celui de Liz Taylor – mission entamée au paddock avec elle. Nuit inoubliable.  » Los Angeles en 1953 … Ground zéro … Liz Taylor m’amène en voiture au commissariat central et elle signe des autographes aux agents en uniforme « . (Page 85)

Liz Taylor…tu as installé des micros chez son mari Michael, lui as fait avouer qu’il aimait les garçons. Ils se séparent et tu touches 10 pour cent de la pension alimentaire et la confiance de son avocat avec lequel tu monteras plein de turbins, genre bourricots persuadant des meufs avec rage de cul de se faire sauter dans un hôtel de passes. Tu rentres alors dans la piaule et les flashes crépitent. Niquée.

Tu fais chanter les empaffés, mais dans la joie et le plaisir de biberonner leur Bourbon.

À confesse tu as regretté d’être devenu le caniche de la mafia en apportant la preuve que JFK sautait Marilyn Monroe. Tes pêchés ont ainsi été absous, même cette histoire de micros dans le baisodrome du beau-frère Kennedy, avec les enregistrements de Jacky au paddock.

Le Bon Dieu t’a pas envoyé en enfer, car tu as défendu le pays comme sergent instructeur chez les Marines, puis comme flic à la brigade de répression des vols. Le bon Dieu sait bien que ce n’est pas de ta faute si le goût de l’arnaque t’es venu dans cette brigade. C’est surtout la faute d’Harry Frémont, un flic qui maquereaute des putes travesties depuis  » Le Bar Bi « . Jusque là tu te limitais à des gamineries, genre les cartes de visite distribuées aux femmes avec en dessous de ton numéro de téléphone la mention  » M. Vingt-trois Centimètres. « . Rien que d’y penser ta tripaille tressaute sur la chaise où des pervers t’ont attaché sur un siège à clous du Purgatoire.

Ta putain de dérive à commencé quand tu as descendu en 49 un voyou nommé Ralph Mitchell Horvath.

Harry Frémont a tout raconté à cet enfoiré de James Ellroy. Il lui a même confié que je tenais un journal.

Tu as signé un contrat avec Ellroy et maintenant les romans écœurants de ce mec portent l’estampille de ton style. Les homos y sont des « zézayeurs obscènes » et les lesbiennes des » broute usés baraquées « .

L’ennui c’est que tu retrouves au Purgatoire tous ceux sur qui tu faisais circuler des enregistrements. Le plus acharné d’entre eux, c’est Montgomery Clift que tu avais surnommé « Princesse Petit Bout « , à cause de son pénis lilliputien. Le salaud te larde de coups de tridents dès qu’il t’aperçoit, mais heureusement il a la vue aussi basse que le gland. La plus dangereuse, c’est Marilyn Monroe. Elle t’a sodomisé avec un tisonnier quand tu lui as rappelé les bons vieux souvenirs : « Mon chou, c’est pourtant vrai que tu as sucé la moitié des pharmaciens de Beverly Hills pour payer ton Nembutal et ton Dilaudid ! Peut-être que je n’aurais pas dû cafter, mais le premier amendement m’en donnait le droit !  » (Page 14)

Te voilà torturé. … par tes anciennes victimes, dont Ava Gardner !

 

Du Polar, entretiens avec Philippe Blanchet. François Guérif.

polar-entretiens-philippe-blanchet-1292579-616x0Le bouquin à la main, soirée imaginaire avec les rois du polar. Tu te glisses dans la peau de François Guérif , vide plusieurs bouteilles avec ses invités.

Dans l’euphorie des libations , une apparition surgit et s’impose à ton cerveau fatigué dans les brumes de ta biture : le portrait idéal de l’auteur de roman noir.

Comme Jim Thomson… il écrit des livres d’horreur censés faire peur. Sa veuve Alberta te fait une confidence : son mari savait descendre dans les tréfonds de l’âme humaine.

Comme David Goodis… il invente un héros qui se prend plutôt pour un raté et se saoule beaucoup la gueule.

Comme Dashiell Hammett… il a toujours un regard cruel, y compris sur le héros.

Comme Cain… il invente un assassin et une victime perclus de banalité. C’est le sexe qui les fait basculer dans le drame.

Comme Carr…il verse dans le fantastique et l’énigme impossible.

Comme Léo Malet… il incarne un esprit de bohème.

Comme Simenon… il invente des personnages, genre Maigret, qui s’imprègnent d’abord de la personnalité de l’assassin.

Comme Jean-Patrick Manchette… il utilise le polar pour porter un regard critique sur la société.

Comme Pierre Siniac… il invente des trucs déjantés. Scènes hallucinantes de strip-tease à Pigalle. Des panneaux pivotent. La bordelière fait croire au spectateur qu’il assiste en direct au

déshabillage d’une pauvre aveugle.

Comme Caïn, il part souvent du fait divers, celui qui exploite l’horreur dans les magazines à sensation. Influence essentielle du tabloïd dans le roman noir. Un bouquin de James Ellroy ne

s’intitule-t-il pas American Tabloïd ?

Comme James Ellroy… il décrit sobrement la société et sa face cachée, façon constat de police ou rapport psychiatrique.

La sobriété n’empêche pas de fouiller les motivations.

Tu descends une nouvelle bouteille avec James Ellroy. Il vante Caïn, le père du roman noir.  » Le facteur sonne toujours deux fois  » est le prototype du roman noir te confie-t-il. Oui, James M. Caïn

a inventé le roman noir te répète-t-il. Son fameux bouquin à même été revendiqué par des intellos comme Camus. Cain est simplement parti d’un article de tabloïd. Ce mec voit cinq lignes sur une

station – service dans un canard. Ça le branche. Il mate devant la station-service. Il se dit que ça s’est passé là. Il pige qu’il y une histoire là-dedans et invente de suite sa propre intrigue.

Comme Dashiell Hammet et Ellroy… il se moque des héros positifs. Ces deux géants du roman noir ne sont-ils pas partis de l’idée d’une Amérique aux mains des gangsters ? Ils s’en tapent

d’avoir des héros antipathiques. Chez Hammet , le  » héros » tire même dans les genoux d’une femme.

Comme James Ellroy… il est vrai, mais vulnérable. Ellroy :  » Il ne ment jamais » disait Chabrol et à table si votre cuisine ne lui plait pas, il vous dit que

c’est dégueulasse. Son goût initial pour la provocation s’est transformé en impossibilité de mentir. C’est aussi un homme vulnérable, qui parle douloureusement de sa dépression dans la Malédiction Hilliker.

Comme Michel Lebrun… il sait faire la fête. Dans  » Rue de la soif  » Guérif partage la nuit donnant lieu au chef-d’oeuvre. La plus grande biture de ma vie raconte Guérif. De bar en bar, ils finissent la nuit avec des actrices de théâtre X, se querellent avec les mecs des belles, mais boivent les dernières bouteilles avec eux.

Comme Robin Cook… il peut boire et manger des escargots… aussi goulûment qu’il se nourrit de l’amour de son prochain.

Comme Robin Cook, il est tellement gentil qu’il s’excuse auprès des gros connards qui se moquent de son accoutrement.

Comme Robin Cook Il est dostoïevskien, ne supporte pas le mal dans le monde.

Comme Robin Cook… c’est un homme révolté, généreux et attentif aux autres.

Reste à écrire le roman noir synthétisant tout ça.

Un roman à écrire par François Guérif ?

Citizen Sidel. Jérome Charyn.

images-1Issac Sidel vit avec Margaret ( ex-princesse Anastasia) un amour indestructible depuis que la jeune immigrée de la Malavanka, ce pays chanté par Isaac Babel est arrivée à la communale en éblouissant les gamins du Bronx avec son inoxydable beauté.

Grâce à elle il a pris le goût du danger.

Flic dans le Bronx, il se coltine des bandes hyper-craignos , comme les Bouffons latinos des Badlands.

Il se comporte avec les manières de la Malavanka apprises auprès de Margaret.

 Habitudes utiles pour un mec qui, après avoir fricoté avec la mafia est devenu Maire de New York et candidat à la Présidence des Etats-Unis.

J’ai été emballé par le tourbillon de folie dans lequel Jérôme Charvyn entraîne le lecteur au rythme très jazzy de son écriture. J’ai retrouvé avec plaisir Issac Sidel, son personnage fétiche, héros de la plupart de ses romans. Isaac fait très fort dans ce livre.

Sa popularité éclate au fur à mesure d’une campagne électorale débridée qui le mène des bas-fonds jusqu’au Waldorf Astoria.

On ne sera pas étonné de savoir combien les américains aiment ce gros type bardé d’électronique, enfouraillé de glockers, pourfendeur de la CIA, du FBI et autres services barbouziens.

C’est un flic de base, un américain de base, un amateur d’armes de base. Les américains aiment ça.

Isaac est soutenu par les défenseurs des animaux, Brigitte Bardot en tête.

 Il a recueilli un rat apprivoisé qui défend la veuve et l’orphelin lorsqu’ils sont victimes des politiciens et des flics véreux. Dès qu’un innocent est en danger, ce rat qui répond au doux nom de Raskolnikov, saute sur les méchants.

Il en est ainsi quand Marianna va se faire violer par trois voyous des badlands :

 «  Une paire de griffes munies d’yeux et de dents coupantes comme des rasoirs leur tomba dessus en un rien de temps, tel un petit monstre qui aurait appris à voler sans ailes. C’était Raskolnikov. Le rat les mordit au visage en fendant les airs. Les trois hommes se mirent à hurler et s’enfuirent en courant » 

Si vous rencontrez  Jérome Charvyn, du côté de l’Avenue Bosquet où il enseigne dans un établissement américain, demandez-lui de vous parler d’Issac Babel. Il est intarissable sur cet auteur auquel il a consacré un livre et qu’il fait revivre dans Citizen Sidel au travers d’un personnage mi-flic, mi-voyou qui hante les Badlands vêtu d’un pantalon orange , comme le Benya Krick de Babel.