Les états limites (la psychopathologie en littérature). Vincent Estellon.

imagesUn psychologue clinicien nous éclaire sur ces personnages excentriques qui peuplent nombre de romans.

En littérature, ces personnages se rencontrent déjà  tant chez Hamlet que chez les écrivains fin de siècle comme Karl-Joris Huysmans.

Adaptés à la vie sociale ou professionnelle, le modeste Durantin ou le flamboyant Des Esseintes  de Karl-Joris Huysmans, sont bel et bien des cas limites, comme on peut en rencontrer non seulement chez les décadents récents, style Breat Easton Ellis, mais aussi chez des auteurs classiques comme  Patrick Lapeyre. Ce dernier nous offre dans  La vie est brève et le désir sans fin, un exemple de l’interdépendance sadomasochiste, point nodal de la structure psychologique des états limites avec :

« La tendance à instaurer entre soi et l’autre une relation d’interdépendance sadomasochiste(Vouloir contrôler, dominer l’autre, tout en sachant se placer dans une position d’extrême soumission à l’autre » (p.37) 

Préparé depuis l’enfance à l’interdépendance sadomasochiste et à la dramatisation des situations de couple, Blériot personnage central du livre de Patrick Lapeyre, se fait taper dessus par Nora, lors d’une scène de ménage caractéristique de ceux que l’on désigne en psychiatrie sous le nom d’«états limites. »  C’est elle qui le frappe. Blériot n’en est pas surpris :

« Il est dit que quoi qu’il accepte de lui concéder, ils ne parviendront jamais à s’installer dans une existence normale, une existence tranquille, sans crise, sans angoisse, sans folie. »(p.264 du livre de Lapeyre) 

 La littérature décrit couramment ces états que, la psychologie depuis peu, évoque métaphoriquement, comme un fleuve au cours imprévisible, qui en cas de crise emporte avec lui ses rives.

A l’inverse dans la névrose, le socle reste stable. L’état limite à l’inverse de l’état névrotique ou psychotique est imprévisible. Il n’a pas d’homogénéité comme on peut en rencontrer dans les affections psychiatriques.

Depuis longtemps la littérature nous montre des personnes qui souffrent. Avec le concept d’états limites, la psychologie moderne en dévoile les ressorts par une analyse des mécanismes de défense qui protègent le Moi dans l’état limite :

 « Le narcissisme blessé provoque une diminution de l’énergie narcissique qui a pour effets directs le manque de confiance en soi, la propension à la honte, aux inhibitions et à l’hypocondrie. » (p.56)

Comment le narcissisme peut-il être blessé ?

Comment l’énergie narcissique diminue-t-elle ?

Vincent Estellon étaye ses nombreuses réponses et montre comment le masochisme moral s’articule à l’échec de la morale, tel que l’on peut l’observer chez les personnages sulfureux deBret Easton Ellis, Jay Mc Inerney ou Régis Jauffret.

Oui, un échec, puisque :

«La tentation de commettre le péché s’imposera pour provoquer la punition » (p.92)

Dans la vie de tous les jours, avant de porter un jugement définitif sur certaines transgressions d’un état limite, on se demandera si leur auteur n’a pas simplement cherché la punition pour obtenir une dérisoire satisfaction, le délit n’étant plus alors qu’un élément médiateur.

On connaît des situations banales de sujets dominés par un père intrusif et punitif et qui ne se sentent aimés que lorsque, après avoir fauté, ils sont battus par le père.

Ils reproduisent ce schéma relationnel avec toutes autres personnes rencontrées. Ils ne  restent ni dans leurs limites personnelles, ni dans leur enveloppe corporelle et psychique. Ils restent soumis au désir de l’autre comme dans le personnage de HAMLET, bien éclairant sur la problématique des limites et de la confusion :

«  Who’s There ? ( Qui va là , Qui est là ?) »

« Etre ou ne pas être ? »

« Agir ou ne rien faire »

Hamlet, hanté par le fantôme de son père, vit à côté de sa vie, offrant à la littérature et à la psychologie, le prototype de l’état limite.

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