Le droit à la paresse. Paul Lafargue.

imagesL’amour du travail est une étrange passion. Une folie. Au contraire la paresse est sagesse. A méditer par ceux qui veulent nous faire travailler au delà de 60 ans !

Les Grecs de la grande époque n’avaient que mépris pour le travail, dégradation de l’homme libre. C’est la thèse de Paul Lafargue (1842-1911), gendre de Karl Marx : « les ouvriers sont abrutis par le dogme du travail » (p.39)

Précurseur Lafargue ! Pour lui le Droit au Travail est une manipulation du capitalisme.

Précurseur Lafargue ! Pour lui,  cinq à six heures de travail par jour sur six jours suffisent (p.42). Il aura fallu plus d’un siècle de luttes ouvrières pour y parvenir.

Précurseur Lafargue ! Pour lui, « les vertus de la paresse » (p.43) doivent être pratiquées par les travailleurs et pas seulement par les nantis.

Leçon à tirer, alors que l’on veut nous faire travailler au-delà de 60 ans et nous priver de paresser. «  ô paresse, mère des arts et des nobles vertus, soit le baume des angoisses humaines ! » (p.54)

De la décence des gens ordinaires. Bruce Bégout.

imagesPromenade conceptuelle dans l’oeuvre de Georges Orwell.

C’est Bruce Bégout le guide de la balade.

 Concept principal  :  la décence ordinaire des gens de peu..

Dans ses romans réalistes comme dans ses récits documentaires, George Orwell  rencontre ces gens de peu, travailleurs ou marginaux. Ils possèdent la décence ordinaire, traduction de «  common  decency ». Il ne s’agit pas seulement d’une qualité morale, mais également un comportement social et une certaine estime de soi.George Orwell rehausse ainsi la vie ordinaire, là où Joyce et Miller la nivellent.

Orwell a construit ce concept en vivant parmi les déclassés. Esprit de mortification ? Non. Plutôt recherche de la rédemption par l’expérience de la vie des petites gens, même si au départ il  a une certaine tendance à s’humilier.

L’analyse de Bruce Bégout est claire : « La découverte fondamentale d’Orwell est que la décence ordinaire est le revers de l’apparence indécence publique. » (p.16)

Lucide sur l’état du monde, Orwell a une joie de vivre intacte, jaillissant de sa vie quotidienne.

La conclusion qu’en tire Bruce Bégout vaut pour notre époque : «  la redécouverte de la décence ordinaire des vies communes constitue l’unique espoir de la rénovation politique et sociale de l’Occident. » (p.124)

Appel à la révolution des hommes ordinaires ? Oui, mais comment faire ?

Le Salut par les Juifs. Léon Bloy.

images-1Livre à la limite du pamphlet, de l’histoire et de la mystique.

Livre  contribuant à  rendre détestable Léon Bloy à la société catholique bien pensante.

Livre répondant à ceux qui, à la fin du siècle, accusaient les juifs de préparer une sorte de Jacquerie financière.

Réponse de Léon Bloy  par cet aphorisme :

«  L’histoire des Juifs barre l’histoire du genre humain comme une digue barre un fleuve, pour en élever le niveau. »  

Le nouvel éditeur présente l’ouvrage comme un  « livre complexe, maniant le paradoxe jusqu’aux limites du recevable » (Edition de 2010 – La Part Commune, avertissement au lecteur, p.7)

 Cette nouvelle édition prend  des précautions pour parler d’un auteur, qu’on ne saurait comprendre, sans connaître la violence de plume de ceux qui l’amenèrent à se convertir. Parmi eux Barbey d’Aurevilly et surtout Joseph de Maistre pour qui l’histoire est menée par un Dieu terrible. Selon lui, l’homme est mauvais et ne peut trouver Dieu que dans le malheur !

Dans son style inimitable, Léon Bloy dit ceci :

De ce peuple sont nés les patriarches, les premiers apôtres et Jésus. Dès lors les catholiques, les prêtres et les autres, ne peuvent piétiner les Juifs.

Mais au-delà de cette évidence, toujours bonne à rappeler «  il y a la grande querelle du Fini et de l’Infini, autrement insoluble encore, autrement « actuelle » que tout ce que les hommes peuvent inventer dans leur rage absurde d’être malheureux » ( Rémy De Gourmont, préface, page 13)

Mais au-delà des 120 ans qui nous séparent de ce livre, et à un moment où on pouchasse les roms, c’est de la tragédie de l’étranger dont il est question.  Ecoutons Léon Bloy :

 «  Silence !… 

Une voix d’en Bas Voix d’exil extrêmement lointaine, exténuée, presque morte, qui paraît grandir en montant des profondeurs. 

–         La Première Personne est celle qui parle. –       

  La Seconde personne est celle à qui l’on parle.  –        

 La Troisième personne est CELLE DE QUI L’ON PARLE.–          .

Cette troisième personne, c’est Moi, Israël (…) Je suis l’absent de partout, l’Etranger dans tous les lieux habitables. »  ( p.139)