L’étranger. Albert Camus.

imagesRoman  court (184 pages chez folio), ça rassure les paresseux. Livre préféré des Français. Pas besoin de noircir des milliers de pages comme Proust !

Mauvais coup porté aux fachos, il s’intitule L’Etranger !

C’est l’histoire de Meursault, un loser qui se fout de tout… en apparence. Pas de pleurs à la mort de sa mère. Indifférence encore lorsqu’il tue un arabe sur la plage. On le condamne à mort, il s’en fout encore. Youpi !

Ceux qui en ont marre de tout et qui ne savent plus quand leur grand-père est mort, vont s’y retrouver et respirer à plein nez l’inutilité de tout.  Rien ne rime à rien. «  Et si c’était ça le bonheur inévitable ? »  En tout cas, c’est plein de défis, de négation de l’affect, d’insensibilité apparente, de sensualité et d’absurde.

Défi aux narratologues.

 Meursault parle à la première personne, tout en percevant objectivement  ce qu’il fait. Dès la première phrase du roman, il dit : « Aujourd’hui, maman est morte. ». Il est présent, tout en se plaçant en dehors des affects inhérents au deuil.

Plein le dos des affects :

 « le concierge est entré derrière mon dos (page 14), « il est resté debout derrière moi. Cette présence dans mon dos me gênait » » (toujours le concierge) Tout ce monde qui de presse à la mort de sa mère. Absurde. Il préfère tourner le dos. Mais ça n’interdit pas les images fortes : description des larmes et de la sueur sur le visage de Pérez, à l’aide de cette figure de style dénommée zeugme (plans sémantiques différents) : « Elles s’étalaient, se rejoignaient et formaient un vernis d’eau sur ce visage détruit. »

Meurtre de l’Arabe.

 Transgression tragique perpétrée dans un mouvement involontaire d’aveuglement littéral. S’il a tué, « c’était à cause du soleil » (page156) Une machine judiciaire féroce institue arbitrairement ce crime, dans la continuité de sa prétendue  insensibilité à la mort de sa mère.

  

 Algérie sensuelle,

 Sensualité d’une écriture blanche (Barthes), dardée d’un « glaive » de soleil : « j’ai secoué le soleil et la sueur ». Plans sémantiques différents. Encore un zeugme racinien donnant au meurtre de l’Arabe sa tonalité tragique. Le soleil est omniprésent, traduit par des incidentes contribuant à une certaine moiteur de la phrase. Il fait si chaud.

 

Absence d’hypocrisie du regret,

 Meursault reste dans la continuité de son vécu. La prison est la suite de ses dimanches désoeuvrés. Rejet de l’idée du péché et du salut… Chacun n’est-il pas condamné à une vie absurde ?

 Bouc émissaire

La société trouve son identité dans l’exclusion et le refus de la différence, Meursault est bel et bien une figure christique, martyre d’une France cherchant son identité au détriment de l’étranger. Toujours d’actualité !

Paradoxes de l’histoire

On est dans la société coloniale de l’Algérie française. Ne pas croire que le meurtre est relégué au second plan, because, c’est un arabe. Si c’était ça, on l’aurait pas envoyé se faire raccourcir par la veuve. Un petit blanc, à l’époque n’était pas condamné pour ça. Non, Meursault est condamné pour le matricide inconscient de sa mère. Le procès tape sans discontinuer sur son insensibilité à la mort de sa mère.

Tuer un Arabe.

Mise en scène de Camus pour grossir à la loupe, la culpabilité des Français, sur une terre qui ne sera jamais la leur ? 

Recherche de l’alter-ego,

On se croirait chez Hermann Hesse, en Castaldie. Meursault regarde ce journaliste qui suit son procès, comme un autre lui-même. A l’annonce du verdict, il tourne ses mirettes vers une seule personne et insiste sur « cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné ses yeux. » Ce journaliste, c’est un peu le petit autre qu’il porte en lui-même et avec lequel il nourrit son pépiement intime.

Pépiement intérieur

Le dialogue avec soi-même s’achève en  fin de livre , par  l’évocation de sa maman, en des termes si sensibles, qu’ils condamnent en eux-mêmes, la machine judiciaire.

 

Le secret du bonheur ?

Pensée béton, mais rien de brillant chez Camus. En plus il prête à un type simple des idées complexes. Allez comprendre ? L’art de la fiction à la première personne, c’est pas simple. Comment exprimer des sentiments que l’on n’éprouve pas ?

On a  trop commenté ce livre à l’école. Mais relire L’Etranger, une fois adulte, ça. permet de penser, comme Camus, que le secret du bonheur, c’est s’adapter aux difficultés, éventuellement aux catastrophes.

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